LE MALENTENDU DE L’ART AFRICAIN

 

La rencontre des cultures est d’abord source de malentendu… La méconnaissance, l’aveuglement culturel, les préjugés, les rapports de force, expliquent sans doute cette incompréhension première qui se dissipe avec le temps. Mais si les richesses des grandes civilisations humaines (mésopotamiennes, égyptiennes, indiennes, chinoises, précolombiennes…) ont fait l’objet de la part de l’Occident d’une reconnaissance rapide il n’en a pas été de même pour les civilisations d’Afrique Noire dont les créations ont été longtemps ignorées, méprisées ou détournées de leur sens.

Les premiers voyageurs, militaires, administrateurs, commerçants, occupés à d’autres tâches, sont passés à côté sans les voir. Les missionnaires les ont stigmatisées ou faites détruire. Les premiers ethnographes les ont réduites à de simples témoignages matériels. Leur dimension artistique n’était même pas envisageable. Plus tard, au tournant du XXe siècle, artistes, poètes, écrivains et aussi marchands ont certes fait beaucoup pour leur reconnaissance, mais paradoxalement au détriment d’une réelle connaissance. On se souvient de la phrase de Picasso « L’art nègre, connais pas ! » ou des rêveries esthétiques de Guillaume Apollinaire « Tu marches vers Auteuil tu veux aller chez toi à pied Dormir par tes fétiches d’Océanie et de Guinée Ils sont les Christs d’une autre forme et d’une autre croyance… ». Tous restaient plus fascinés par la forme que par le fond. Avec le temps si la reconnaissance artistique est venue, c’est souvent en liaison avec les spéculations économiques du marché de l’art.

Ce long malentendu, qui s’est éternisé dans des débats stériles entre tenants d’une reconnaissance essentiellement esthétique et partisans d’une approche purement ethnographique, semble aujourd’hui dépassé. La réalité et la dimension universelle de l’art  africain sont reconnues grâce à des institutions comme le Musée du Quai Branly. La complexité de ses fonctions et de sa place dans les sociétés traditionnelles est de mieux en mieux perçue grâce au travail des spécialistes, y compris africains qui développent un important travail de mémoire pour renouer avec leur passé.

Reste l’avenir. Sans doute subsistera-t-il toujours des incompréhensions entre les cultures. D’un côté, la reconnaissance de l’Autre ne s’effectuant jamais en totalité, de l’autre le choc des civilisations produisant des phénomènes de syncrétismes ou d’acculturations plus ou moins importants, que la mondialisation culturelle semble aujourd’hui accentuer. Mais si le continent africain à particulièrement souffert de ces phénomènes dans son histoire (ethnocides, traites négrières, colonisations, guerres…) il reste un creuset particulièrement vivant et dynamique, entre autre dans les domaines de la création musicale ou plastique contemporaine. Ici les racines ne semble jamais se dessécher ni les sources vraiment se tarir. Car selon le mot de Léopold Sédar Senghor « Là ou tombe une goutte de sang noir, tout refleuri ».

 

Paul M.

Conservateur au Musée d’Aquitaine

 

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